« Mirage Care » : quatre flottes de chasseurs, un MCO

C’est en Octobre 2008 que fut attribué à Dassault Aviation le contrat « Rafale Care » contrat de Maintien en Condition Opérationnelle (MCO) des avions de combat RAFALE, flotte en pleine croissance.  Fort du retour d’expérience de ce contrat, l’Etat français et Dassault Aviation ont signé en 2010 le contrat de MCO « Mirage Care » dédié aux autres avions de chasse et destinés à des flottes très diverses arrivant à maturité pour certaines d’entre elles ou en fin de vie pour d’autres.
Maintenir le potentiel d’un avion, en assurer le suivi technique et la maintenance, ainsi que celle de ses équipements, et ce, pour la meilleure disponibilité jusqu’au retrait en service, est une mission qui passe par une forte implication de l’avionneur.

« Maintenir le potentiel d’un avion (…) est une mission qui passe par une forte implication de l’avionneur.»

« Mirage Care » : de la proposition à la contractualisation

Pour le soutien des avions de patrouille maritime Atlantique 2 de la Marine et des Rafale de l’Armée de l’Air et de la Marine, Dassault Aviation s’est vu attribué par l’Etat français deux contrats globaux de Maintien en Condition Opérationnelle, respectivement en janvier 2009 (contrat Atlantique 2 d’une durée de cinq ans) et en octobre 2008 (contrat « Rafale Care », d’une durée de dix ans). En revanche, pour les autres avions (Mirage 2000, Alphajet, Mirage F1, et Super Étendard) le soutien était réparti sur plusieurs marchés qui arrivaient tous à échéance à court ou moyen terme et pour lesquels il convenait donc de prévoir la suite à donner.
Dans ce contexte, Dassault Aviation a proposé, en 2010 à l’Etat, pour les Mirage 2000, les Alphajet, les Mirage F1 et les Super Étendard, un MCO unique ; fort de l’expérience acquise sur le contrat RAFALE CARE et le MCO de l’ATLANTIQUE 2, cette globalisation était en effet identifiée comme un bon moyen d’obtenir le meilleur ratio coût/disponibilité des avions.

La globalisation s’articulait suivant trois axes :

1) la durée : sous la forme d'un contrat de cinq ans pouvant aller jusqu'à dix ans ;

2) le périmètre des matériels concernés : en proposant d'intégrer le soutien de l'ensemble des équipements dits « C »    en complément des matériels déjà confiés à Dassault Aviation ;

3) le panel des prestations : en intégrant l’ensemble des activités constitutives d’un MCO de niveau industriel (réparations, rechanges, documentations techniques, soutien technique).

Un contrat sur une longue durée génère en effet une meilleure visibilité du plan de charge industriel et un effet de volume qui peut faciliter les négociations avec la sous-traitance, d’où une meilleure maîtrise des coûts. C’est en effet un enjeu majeur pour les flottes d'avions à mi-vie ou en fin de vie, en ce sens qu’elles sont particulièrement soumises à des risques de non pérennité d’approvisionnements de rechanges ou à des obsolescences de procédés de fabrication dues, par exemple, à des restructurations du tissu industriel.
L’intégration des matériels « C », jusque là traités en direct par l’Etat avec les équipementiers, au périmètre confié à Dassault Aviation est cruciale, notamment pour les matériels dits de « sécurité des vols ». En effet cela permet à Dassault Aviation de retrouver une visibilité sur l’état des équipements et donc, en tant qu’avionneur responsable de la définition et de l’intégration des systèmes, d'assurer un suivi approfondi de la navigabilité. Ceci est d’autant plus nécessaire dans un environnement d'utilisation des avions marqué par une augmentation des contraintes juridiques et la mise en place par l’Etat des règlements liés à la certification des avions (règlementation FRA 21).
Enfin, troisième axe, l’intégration des prestations jusque là dispersées dans des marchés divers, permet quant à elle, une réduction de la charge administrative de suivi, ainsi qu’une synergie entre les différentes activités (comme par exemple le transport mutualisée entre les rechanges et les réparations, ou le traitement des faits techniques facilité grâce au suivi de l’entretien des équipements).

« L’intégration des prestations jusque là dispersées dans des marchés divers permet une réduction de la charge administrative de suivi, ainsi qu’une synergie entre les différentes activités. »

Pour ce nouveau contrat, il convenait aussi de prendre en compte les arbitrages concernant l’avenir les différentes flottes d’avions, et d’assurer la complémentarité avec le périmètre des activités de soutien réalisées directement par l’Etat, en particulier au sein du Service Industriel de l’Aéronautique (SIAé) pour le niveau industriel.

Ainsi, compte tenu de l’horizon de visibilité sur l’évolution des flottes (format de la flotte Mirage 2000, étude d’externalisation pour l’Alphajet, retraits de service du Mirage F1 et du Super Etendard), l’Etat a souhaité privilégier un contrat de cinq ans.
Il a retenu aussi, pour le Mirage 2000, de confier à Dassault Aviation le soutien de l’essentiel des matériels « C » de sécurité des vols, le Service Industriel de l’Aéronautique conservant la remise en état des matériels de son ressort.  Pour finir, dans un souci partagé de rationalisation, l’Etat a retenu le regroupement des différentes prestations au sein du même marché.
Ainsi le MCO des avions Mirage 2000, Alphajet, Super Etendard et Mirage F1 a fait l’objet du contrat dénommé « Mirage Care», notifié à Dassault Aviation en octobre 2010, et intégrant l’ensemble du soutien des matériels de responsabilité Dassault Aviation : entretien des équipements, réapprovisionnement de rechanges, réponses aux questions techniques des Forces et des réparateurs étatiques du SIAé, suivi et traitement des faits techniques, suivi de navigabilité, détachements de spécialistes sur sites, suivi de fiabilité et de maintenabilité, gestion des obsolescences.

Compte tenu de l’horizon de visibilité sur l’évolution des flottes, dont  les retraits de service du Mirage F1, l’Etat a souhaité privilégier un contrat de cinq ans.

La première année de « Mirage Care »

Aujourd’hui, au bout d’un an d’exécution de ce contrat, les engagements pris par Dassault Aviation sont tenus, et les innovations proposées ont produit leurs premiers effets.

A titre d’illustration, on peut citer la souplesse apportée par la forfaitisation très poussée des prestations : ainsi une augmentation très significative des flux de révisions générales de certains matériels a pu être prise en charge sans qu’il soit nécessaire de modifier le contrat. Cela a permis, en gagnant plusieurs mois sur le déclenchement de la montée en puissance des capacités industrielles, de maintenir la disponibilité des avions dans les Forces (en évitant le manque de rechanges disponibles).

« Une augmentation très significative des flux de révisions générales de certains matériels a pu être prise en charge sans qu’il soit nécessaire de modifier le contrat. Cela a permis, en gagnant plusieurs mois pour déclencher la montée en puissance des capacités industrielles, de maintenir la disponibilité des avions dans les Forces (en évitant le manque de rechanges disponibles).»

D’autre part l’intégration des équipements « C » de sécurité des vols au sein de « Mirage Care » se poursuit progressivement au fur et à mesure des échéances prévues de rejointe. Une fois l’intégration faite, le traitement des faits techniques qui concerne ces matériels et remonte des Forces  - obligation liée au suivi de navigabilité et à la certification FRA21 -, est grandement facilité.
Dassault Aviation a pu aussi lancer avec la SIMMAD (Structure Intégrée de Maintien en condition opérationnelle des Matériels Aéronautiques du ministère de la Défense) la mise en place des échanges de données techniques nécessaires au suivi de fiabilité prévu au contrat Mirage Care. Il s’agit de récupérer les données « brutes » issues des Forces (système d’information technique et logistique « ATAMS ») et des données provenant des différents réparateurs industriels. A cet effet, un protocole d’échange de données a été défini dans la continuité de celui déjà en œuvre pour le Rafale. Il permet d’alimenter le système d’information partagé « LINX » mis en place par Dassault Aviation à cet effet, et ainsi de réaliser un suivi amélioré de la fiabilité et de la maintenabilité des matériels. Cette amélioration du retour d’expérience répond aussi aux nouvelles exigences liées à la navigabilité.

« Dassault Aviation a pu aussi lancer avec la SIMMAD (Structure Intégrée de Maintien en condition opérationnelle des Matériels Aéronautiques du ministère de la Défense) la mise en place des échanges de données techniques nécessaires au suivi de fiabilité prévu au contrat Mirage Care. Il s’agit de récupérer les données « brutes » issues des Forces (…) et des données provenant des différents réparateurs industriels. (…)Cette amélioration du retour d’expérience répond aussi aux nouvelles exigences liées à la navigabilité. »

D’autre part, dans le cadre de l’initiative du Ministère de la Défense destinée à développer un pôle d’expertise en matière de logistique et de maintenance aéronautique de défense sur le complexe aéronautique de Bordeaux, Dassault Aviation a répondu à la demande de la SIMMAD en lien avec le Commandement du Soutien des Forces Aériennes. Dassault Aviation participera ainsi au plateau Forces - Industries MCO Mirage 2000 prévu sur la BA 106 de Bordeaux-Mérignac. Ce plateau contribuera à l’amélioration des capacités de prévisions et d’anticipations des besoins des Forces et des plans de charges industriels.

La palette des services proposés par Dassault Aviation pour le soutien des avions couvre donc l’ensemble des activités du soutien :

- conseillers techniques au sein des Forces

- participation active à des plateaux collaboratifs Forces - Industrie (prévisions anticipations)

- prestations purement industrielles en tant que réparateur/fournisseur de rechanges

- suivi de navigabilité avec la gestion de configuration, en tant qu’avionneur garant de la définition de l’avion.

Dassault Aviation sait ainsi s’adapter, en France comme à l’Export, aux différentes demandes de ses clients, tout en garantissant grâce à sa position d’avionneur une vraie cohérence des différentes activités du soutien. Dassault Aviation est également en mesure d’assurer la continuité de ces prestations, aussi bien pour les flottes d’avions en fin de vie que pour les flottes d’avions matures (Mirage Care) ou en croissance (Rafale Care).






Par Laurent Bazin De Jessey

SLD Numéro 6 - Automne Hiver 2011